index2J’aime le cinéma d’Alexandre Arcady, sa photographie, ses lumières, ses accents méditerranéens, sa violence parfois pour mieux la dénoncer et véhiculer un message d’amour et de paix.

Parmi ses longs métrages, j’ai longuement hésité entre deux films, tellement ils me touchent, m’émeuvent à chaque fois que je les regarde. Tellement ils parlent à l’éternel romantique que je suis, et ce sans aucune mièvrerie.

Le premier est quasiment introuvable en DVD, et injustement méconnu : il s’agit de « Là-bas, mon pays... ». Sorti en 2000, il ne fut à l’époque que très peu diffusé dans les cinémas nationaux. Je me souviens être allé le voir dans une petite salle inconfortable de la banlieue annécienne, un cinéma de quartier à l’affiche duquel il n’était resté que quinze jours…

Gaff1255593967_1_Antoine de Caunes y campe Pierre Nivel, un présentateur de JT pied-noir dont la vie bien rangée, bien ordonnée, est bouleversée par un appel à l’aide de son amour de jeunesse, Leïla, qu’il n’a jamais oubliée. Elle a besoin de lui pour sauver sa fille d’un réseau intégriste algérien qu’elle a défié. Et pour cela, il va devoir revenir dans cette Algérie qu’il a quittée à contre-coeur trente ans plus tôt, en ravivant ses souvenirs d’adolescence et l’incandescence de cet amour déchiré par la guerre d’indépendance.

Tout est d’une beauté incroyable dans ce long métrage, l’admiration d’Amina - la fille de Leïla - pour Pierre, et qu’il se refuse à consumer, l’amour qu’ont toujours éprouvé l’un pour l’autre Pierre et Leïla… Mais surtout, il y a cette scène déchirante sur le port d’Alger, de deux adolescents amoureux fous l’un de l’autre, séparés par un grillage et contraints de se quitter. Pierre promet alors à Leïla qu’il reviendra. Trente ans plus tard, il est là, mais leur amour est encore moins possible qu’auparavant.

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Le second est à mon sens le film le plus réussi de ce cinéaste injustement décrié par ses détracteurs : « Ce que le jour doit à la nuit », une superbe fresque algérienne sur fond colonial brisé par la guerre d’indépendance. Adaptation du roman éponyme de Yasmina Khadra, il peint la douceur de vivre de l’avant-guerre, les dissensions raciales entre riches colons et arabes aux conditions de vie plus précaires, la mixité, la guerre et les scissions qu’elle provoque. Mais surtout, c’est l’histoire d’un amour impossible entre Emilie et Jonas/Younès, étouffé par une promesse qu’il tiendra toute sa vie mais les rendra malheureux tous les deux. La fin m’a vraiment saisi au coeur, et la citation de l’auteur du roman conclut magistralement ce chef-d’oeuvre : « Celui qui passe à côté de la plus belle histoire d’amour de sa vie n’aura que l’âge de ses regrets et tous les soupirs du monde ne sauraient bercer son âme... ». Tout est dit...